Le risque de dévoiler ses origines ethniques

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  • Fresque d'enfants d'origines ethniques différentes

Le risque de dévoiler ses origines ethniques

Les tests ADN à des fins de généalogie génétique permettent de découvrir, entre autres, nos origines ethniques. Et c’est précisément ce qui gêne la loi française. Alors, devrions-nous garder nos origines secrètes, comme un secret honteux ? Enfreignons-nous la loi en divulguant nos origines ? Égalité égal uniformité ?

Revendiquer nos origines ethniques serait-il tabou ? © Pixabay

Les tests ADN sont interdits en France

Le cadre législatif réglemente restrictivement l’utilisation des tests génétiques en France. Seuls des médecins peuvent le prescrire à des fins de détection de maladies génétiques. Dans le cadre d’une recherche en paternité, seul un tribunal peut autoriser un test. Et dans le cadre de la généalogie génétique, cela est interdit en France.

Ce qui n’empêche guère de réaliser sans risque ledit test génétique.

Aucun laboratoire de test génétique ne s’est donc implanté en France. Sur internet, ce sont les laboratoires américains, belges, britanniques ou espagnols… qui permettent de réaliser des tests.

Alors pourquoi une telle interdiction ?

Protéger de la ségrégation raciale

Une des caractéristiques des tests génétiques à des fins généalogiques est de permettre de découvrir ses origines ethniques. Nous héritons potentiellement des gènes des 8 générations d’ancêtres nous précédant, soit 256 ancêtres. La majorité d’entre nous, en dehors des généalogistes chevronnés, ne connaissent que leurs grand parents et arrière grand parents tout au plus, soit un maximum de 8 ancêtres. Au-delà, bien des surprises peuvent survenir.

Quant aux généalogistes chevronnés, ils disposent d’une généalogie papier, de noms inscrits sur les actes des registres civils ou paroissiaux. Mais peut-on être certain que l’ancêtre déclaré est bien son parent ? Combien d’adoptions dissimulées ? Combien d’enfants adultérins ? Généalogie papier et généalogie génétique ne coïncident pas forcément.

Or en procédant à ces tests, le laboratoire génétique connaît aussi vos origines ethniques. Et la loi informatique et libertés est très claire sur le sujet : il est interdit d’établir des bases de données raciales.

Pas de nuance sur le sujet. Un employeur ou une agence immobilière procédant à un fichage ethnique dans le but d’évincer des candidats jugés indésirables sur des préjugés racistes est assimilé à un laboratoire vous permettant de découvrir vos origines.

Y a-t-il un risque de dévoiler ses origines ethniques avec les tests génétiques ?

L’inquiétude légitime est tout d’abord de savoir si ces données ethniques découvertes sont publiquement diffusées ou pas ? Dans le cadre des laboratoires génétiques les plus connus, la protection des données personnelles est garantie. Encore faudra-t-il prendre quelques précautions.

Ainsi, sur Family Tree DNA, votre nom et email sont partagés avec vos cousins génétiques. Si vous ne souhaitez pas que votre identité soit connue, vous pouvez opter pour l’anonymat dans les options et utiliser un email spécifique créé uniquement pour le site.

La lutte contre la discrimination et/ou le racisme, une priorité © Pixabay

Sur 23andMe, vous pouvez opter pour 3 statuts, un statut fermé où personne ne peut vous contacter et encore moins voir vos données, un statut semi-fermé où seuls vos cousins génétiques peuvent vous demander à partager les données génétiques afin de déterminer votre ancêtre commun, et un statut ouvert où tous les inscrits au site peuvent voir vos données.

Une des grandes inquiétudes liées aux données génétiques consiste en la possibilité, notamment pour des mutuelles, d’utiliser ces données afin d’estimer les risques médicaux possibles et de majorer en fonction les primes. Nos données génétiques ont de la valeur. Les laboratoires génétiques ont donc soigneusement veillés, sous la pression des principaux concernés, les inscrits américains, à garantir la sécurité des données. Cela relève d’un enjeu majeur pour lesdits laboratoires génétiques.

Ils peuvent être amenés à vendre vos données génétiques à des laboratoires pharmaceutiques ou des chercheurs, ceci à des fins scientifiques. Les laboratoires génétiques garantissent, sous surveillance des autorités fédérales américaines, l’anonymat des données transférées.

Si les laboratoires de généalogie génétique ne peuvent pas dévoiler vos origines, alors pourquoi être interdits en France ?

La grande hypocrisie

J’ai eu l’occasion de donner un cours à dans un IUT de l’université de Sarcelles. En retard, je cherchais à prendre un taxi. Il refusa de m’y conduire. Une fois à Sarcelles, en discutant avec les étudiants, je découvrais leurs difficultés à se faire embaucher. Tous avaient opté pour tricher sur leur curriculum vitae en modifiant leur adresse. Disparue Sarcelles, la ville si injustement décriée.

Se dissimuler pour éviter la discrimination, la solution ? © Pixabay

Tous les ans, le même sujet revient aux informations télévisées, à quand le curriculum vitae anonyme ? Tous les ans, la même enquête, le même cv envoyé avec un nom français ou un nom étranger. Le cv avec un nom étranger obtient moins de chances d’entretien d’embauche que le cv avec un nom français.

Et même si vous obtenez un entretien d’embauche, une fois face au recruteur, pouvez-vous faire disparaître votre couleur de peau, votre prénom ou votre nom de famille étranger ? La discrimination basée sur les stéréotypes et préjugés, conscients ou inconscients, vise aussi le sexe, l’âge, les préférences sexuelles, la religion, le lieu de résidence…

Les racistes ont-ils vraiment besoin d’une base de données pour se faire une opinion liées à des préjugés racistes ? La discrimination consciente ou inconsciente s’exerce-t-elle dans les bases de données ?

Changer les mentalités

Dans le but de faire disparaître les discriminations, et notamment les discriminations raciales, il est interdit d’établir des bases de données recensant ces informations sensibles. Est-ce efficace ?

Cela m’évoque l’œuf et la poule. Qui de la poule ou de l’œuf est apparu en premier ? Sans œuf, pas de poule, sans poule, pas d’œuf.

Envisageons-nous une société niant les origines ethniques pour espérer empêcher les discriminations ? Est-ce la solution pour éradiquer le racisme ? © Pixabay

Une base de données ethniques engendre-t-elle le racisme ? Le racisme engendre-t-il un recensement ethnique ? Sans base de données, ni racisme, ni discrimination ? Bien qu’interdit, le fait de détenir une telle base de données permettrait d’effectuer des tris pour sélectionner ou exclure selon des critères ethniques. Raison pour laquelle ce type de bases de données est interdite. La CNIL y veille soigneusement.

Mais dans la mesure où les bases de données ethniques des laboratoires génétiques servent en fait uniquement à conserver nos données personnelles sans qu’elles soient diffusées puisque nous gérons le degré de confidentialité de nos données, en quoi cela dérange-t-il la loi française ? En quoi cela s’avérerait-il un danger potentiel pour nous, généalogistes génétiques ?

Alors, dévoiler ses origines ou pas ?

Cette politique s’avère-t-elle plus efficace que la discrimination positive pratiquée aux États-Unis ? Le racisme et la discrimination y règnent tout autant, pour preuve les actualités relatant régulièrement des exactions racistes.

Égaux dans nos différences © Pixabay

Cette loi française aboutit même à ce qu’évoquer les origines en devienne tabou, un sujet sensible qu’on n’ose aborder.

Nous sommes différents et égaux, l’un n’empêche l’autre. L’un enrichit l’autre, nos différences participent à notre personnalité. L’interculturalité fait partie intégrante de notre société et passe forcément par l’échange. La première interculturalité ne réside t-elle pas entre les hommes et les femmes ?

Être français d’origine bretonne est-il plus légitime que d’être français d’origine marocaine ? Et si vous êtes d’origine bretonne, êtes-vous sur de n’avoir que des origines bretonnes ? Avez-vous réalisé un test génétique pour explorer l’espace géographique d’origine de vos 256 ancêtres ?

Craig Cobb, suprémaciste blanc, ouvertement raciste, en a fait l’amère expérience. En participant à une émission britannique, il a accepté d’effectuer un test ADN. Craig Cobb a appris en direct avoir 86 % d’ancêtres européens et 14 % d’ancêtres originaires d’Afrique sub-saharienne ! Une belle claque pour celui qui affirme que « l’huile et l’eau ne se mélangent pas » en évoquant les unions mixtes et porte des tee shirts avec l’emblème nazi.

Le hasard du lieu de naissance est-il notre seul facteur d’identité ? Ne nous identifions-nous pas à une culture et des valeurs ? Liberté, Égalité, Fraternité.

Il est temps de changer notre vision de l’arithmétique. Pour ma part, je suis 50 % serbe, 50 % créole et 100 % française. Et pour connaître mes origines ethniques dans le détail, aussi bien par des recherches généalogiques traditionnelles que génétiques, les 50 % serbe et 50 % créole renvoient à de nombreux peuples divers du monde. Je n’en demeure pas moins 100 % française.

Nos origines, un héritage et une richesse pour la France, qu’elles soient des provinces françaises ou d’ailleurs. Et la France ? Quelle France ? Les limites géographiques ont varié dans le temps, pour mémoire récent, l’Alsace et la Lorraine enjeu avec l’Allemagne.

Les sociologues, historiens, philosophes et politiques se sont largement penchés sur le sujet, nulle prétention de refaire une analyse sur le sujet, mais simplement la volonté d’intégrer cette nouvelle donne dans la réflexion, l’analyse de l’ADN.

Connaître la généalogie génétique, le fonctionnement de notre ADN et sa composition, nous permet aussi de revoir l’Histoire et notamment l’Histoire de l’humanité. Notre espèce humaine n’a fait qu’immigrer de tous temps.

Au final, nous sommes tous des immigrants d’Afrique.

 

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Et vous, qu’en pensez-vous ? Laissez vos commentaires pour partager votre vision.

2018-06-10T21:17:22+00:00

2 Comments

  1. GANDER 30 juillet 2018 à 18:44 - Répondre

    Bonjour,
    Votre site est extrêmement intéressant. Merci pour cet investissement.
    Vous semblez dire que nous héritons des gènes de 8 générations / 256 ancêtres.
    Théoriquement nous héritons de chacun de nos millions d’ancêtres.
    Est-ce les 8/256 traduisent la limite technique des laboratoires ?
    Merci.
    Cordialement
    Georges GANDER

    • Nathalie Jovanovic-Floricourt 17 septembre 2018 à 21:34 - Répondre

      Bonjour. Et merci pour votre appréciation sur mon site.
      Nous n’avons QUE 15 ans de recul sur le génome. Suite à mes rencontres, je réalise de plus en plus à quel point nous n’en sommes qu’au début, même si nous avons déjà eu des informations et résultats éblouissantes en si peu de temps, finalement.
      Ce qui revient des entretiens que j’ai eu avec les spécialistes, c’est que leurs certitudes d’aujourd’hui peuvent totalement être contredites dès demain. Aujourd’hui, on retrouve les traces génétiques de nos 8 générations précédentes seulement via le test autosomal (hors le chromosome Y et l’ADN mitochondrial permettant sur UN ancêtre de remonter jusqu’aux temps archéologiques sur un unique ancêtre).
      Rien ne dit qu’avec les progrès réalisés, demain, on ne trouvera pas d’avantage d’ancêtres, notamment grâce au séquençage du génome complet. Nous pouvons l’espérer en tant que généalogiste…

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