Généalogistes, pourquoi faire un test ADN ? 3/20

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  • Bébé échangé à la naissance, à la maternité... votre ancêtre a-t-il été volé ?

Généalogistes, pourquoi faire un test ADN ? 3/20

Bébé ÉCHANGÉ. Un téléfilm retrace l’histoire véridique de Sophie Serrano, ayant découvert par hasard 10 ans plus tard que sa fille avait été échangée bébé à la maternité. Cet échange fut effectué en 1994 dans une maternité en France. Accident ou vol d’enfant, décryptage d’un accident de vie pas si rare que ça.

Histoire des maternités

Jusqu’au 19e siècle, nos ancêtres donnaient généralement naissance à la maison, dans le lit conjugal. La future mère était accompagnée d’une matrone, une femme généralement âgée dont seule l’expérience servait de connaissance médicale. Ce n’est qu’à compter de 1760 qu’une véritable formation fut instaurée pour le nouveau métier de sage-femme.

L’Hôtel-Dieu de Paris comptait une Salle des accouchées, faisant office de maternité, dès 1348. Cette salle des accouchées servait de refuge offert aux filles mariées ou non mariées démunies, dans l’impossibilité de faire leurs couches à domicile. Tant qu’elles en avaient la possibilité, les femmes fuyaient ces endroits liés à insalubrité et méconnaissance des modes de transmission des maladies. Les femmes enceintes risquaient surtout d’y contracter une maladie mortelle.

En 1776, le taux de mortalité des futures mères est de 6,7 % contre 1 % pour l’accouchement à domicile. Cependant, on y recense tout de même entre 1776 et 1786 la naissance de quelques 17 776 bébés.

Quelques statistiques permettent de réaliser que le nombre de naissances dans les hôpitaux de Paris, compte tenu de la population de l’époque, étaient et sera de plus en plus fréquents en France.

 PériodeNombre d'accouchementsNombre de décèsPourcentage
Charité1859-1861648487,4 %
Cliniques1835-186221 9571 0024,6 %
Cochin1856206167,8 %
Lariboisière1854-18625 0223957,9 %
Maternité1802-1862155 1057 3734,8 %
Saint-Antoine1811-18623 9792787 %
Saint-Louis1808-186215 7196284 %

La mise en place de nouvelles mesures d’hygiène et de mode de construction des salles d’accouchement séparées des autres salles des hôpitaux permet de faire régresser à 2,5 % le taux de mortalité après 1871. Après 1900, le taux de mortalité n’est plus que de 0,13 %, transformant l’accouchement en véritable acte médical, et propageant la généralisation des maternités.

Les comportements changent, il devient désormais plus sûr d’accoucher à la maternité que chez soi.

Des maternités usines à bébés

Resituons-nous dans ces salles d’accouchement, futures maternités. Les bébés sont pris en charge par le corps médical, parfois sans même être montré de suite à la mère. Tous vêtus de la même manière, placés dans des berceaux en enfilade dans une salle séparée, manipulés par un personnel de santé nombreux, différent selon les heures de la journée… comment ne pas imaginer la facilité avec laquelle un bébé pouvait être confondu avec un autre ?

Et ceci, même si la mère pouvait s’offrir le bénéfice couteux d’une chambre séparée. Le « bébé de riche » était soumis aux mêmes règles que le « bébé de pauvre ».

Les infirmières, aide-soignantes prenaient plusieurs bébés pour effectuer le bain. Et en les replaçant dans les berceaux, sur lesquels étaient parfois indiqués les noms, intervertir deux bébés pouvait facilement se produire. Dans ces « usines à bébé », les occasions de manipulation des enfants et donc de risques d’échange involontaires étaient nombreux.

Nous disposons d’un témoignage exceptionnel sur le sujet grâce à Alice Collins Plebuch. Ayant effectué un test ADN par curiosité, elle découvrit au bout de 4 ans d’enquête génétique, que son père avait été échangé en 1913 à la maternité de New York. Elle ne saura jamais si il s’agissait d’une erreur ou d’un acte volontaire de malveillance.

L’identification des bébés

Les bracelets d’identification des bébés, destinés à éviter ces risques, ne se sont généralisés que depuis 40 ans, soit depuis les années 1970 seulement. Cependant, une enquête réalisée dans les maternités Lorraines en 2010 a mis en exergue que 4 fois sur 10, le bébé ne portait toujours pas de bracelet d’identification. Dans 13 % des cas, le bracelet était invisible.

C’est ainsi qu’en 1994, et en dépit du port obligatoire du bracelet d’identification, le bébé de Sophie Serrano fut échangé avec un autre, objet d’un téléfilm. Dix ans plus tard, le père supposé demanda un test de paternité qui révéla qu’aucun des deux parents n’avaient de lien biologique avec la petite fille. Manon, avec sa peau hâlée, était la petite fille métis d’un couple réunionnais. Sans le doute du père, le test de paternité, jamais les deux familles n’auraient réalisé que leurs bébés avaient été échangés à la maternité. Julie de Bona, l’actrice interprétant le rôle de Sophie Serrano, raconte qu’elle-même faillit être échangée à la maternité.

Sans le doute du père, lié au teint foncé de peau de sa fille supposée, l’échange n’aurait jamais été découvert par les parents.

La clinique ferma, l’enquête ayant révélé de nombreux dysfonctionnements. Alors, à combien d’autres bébés cela a-t-il pu arriver dans cette clinique ? Et à combien d’autres bébés en France ?

Les parents respectifs décidèrent de garder l’enfant qu’ils avaient élevés. Au-delà des liens biologiques, les liens affectifs s’avéraient les plus forts.

Des psychopathes dans les maternités ?

Ces dernières années, les séries policières ont popularisé les méfaits parfois demeurés inconnus du grand public. La police a aussi parfois mis sous la lumière des projecteurs des faits criminels inimaginables. Aurait-on pu imaginer que la petite Natacha enlevée en Allemagne avait été séquestrée par son violeur durant une décennie ?

Et ce qui pourrait faire l’objet d’un téléfilm serait une infirmière ou un médecin, malade mental, ayant volontairement échangé des bébés à la naissance. Les scénarios sont issus de l’imagination fertile de scénaristes, mais aussi de la connaissance de la nature humaine et de son inventivité, y compris perverse.

Un canular a d’ailleurs fait le tour d’internet, lorsqu’un site parodique inventa l’histoire d’une infirmière ayant échangé près de 9 000 enfants durant 22 ans.

Scénario de téléfilm, canular, peut-on être sûr que cela ne s’est pas produit ? La réalité dépasse souvent la fiction, et seule une analyse ADN et une enquête génétique pourraient permettre de révéler un tel scandale. Impossible, vraiment ?

Alors, à vous les généalogistes, pouvez-vous être certains qu’un de vos ancêtres n’a pas fait l’objet d’un échange volontaire ou involontaire à la maternité ?

2018-10-15T23:39:12+00:00

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